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après midi, battue, bordel, brasserie, constable, gilles, jour de l'an, polices
Mesdames, vous le savez : mon beau-père, Gaétan qu’il s’appelle, aimait la boisson. Et ma belle-mère était habituée à ce qu’il parte acheter des cigarettes et revienne deux jours plus tard.
Un bon jour de l’An, ma belle-mère a décidé que Gaétan n’aurait plus le droit de bambocher. Mon beau-père disait que ce sont les femmes aux filles d’Isabelle qui lui avaient mis cette idée de fou-là dans la tête. Moi, je dis que ma belle-mère a eu peur que le constable vienne la voir, une nuit, pour lui annoncer qu’on avait retrouvé Gaétan mort en quelque part.
C’était arrivé à son amie Gisèle l’année d’avant. Deux polices se sont pointées chez elle à six heures le matin pour lui dire que Gilles, son mari, était rentré en auto dans un poteau du rang 2 et était mort sur le coup. Au bout du rang 2, c’était le bordel à Mado. Gisèle aurait préféré que son mari meure dans un autre rang pour ne pas que tout le monde sache que Gilles fréquentait des prostituées. Ma belle-mère n’a pas osé dire à Gisèle que tout le village savait que Gilles était un cochon et un habitué du rang 2.
Mon beau-père avait la tête dure. Ça fait qu’il buvait en cachette. Il avait caché un 40 onces de Chemineau dans le garage et un 10 onces de gin dans son coffre à gants. Il se disait que s’il n’exagérait pas trop et se brossait les dents souvent, ma belle-mère ne se rendrait compte de rien et qu’elle le laisserait tranquille avec ses histoires d’alcoolisme et de haute-pression.
Gaétan n’était pas bon là-dedans, la modération. Ça fait qu’un après-midi, il s’est enfilé le 40 onces de Chemineau au complet. Quand ma belle-mère est arrivée de travailler, Gaétan n’était pas là. «Il doit être parti aux commissions», elle a pensé. Sauf que Gaétan n’était pas encore revenu à sept heures le soir. Ma belle-mère a décidé d’aller voir à la brasserie. C’est là qu’il était supposé être. C’est tout le temps là qu’il était sur l’heure du souper, normalement.
La pick-up de Gaétan n’était pas devant la brasserie. Mais il lui arrivait de le laisser un peu plus loin pour ne pas se faire pogner par sa femme ou parce qu’il voulait rentrer à pied. Gaétan avait peur de conduire chaud depuis qu’il avait échoué un alcootest et perdu ses licences cinq ans avant.
Ma belle-mère est rentrée voir la barmaid pour savoir si elle avait vu Gaétan. Gaétan était venu vers 4 heures mais était reparti vite. «Il était déjà pas mal chaud» a dit la barmaid. Là, ma belle-mère a commencé à être vraiment inquiète. «Gaétan a dû prendre son char» qu’elle s’est dit. Elle est retournée chez elle et a appelé dans toutes les places où Gaétan pouvait être. Personne n’avait vu son mari. Vers 10 heures du soir, elle a décidé d’appeler la police pis les hôpitaux.
Au poste de police, ils on dit à ma tante de ne pas paniquer. Gaétan avait l’habitude de partir sur une balloune. «Il finit toujours par revenir», que le constable a dit. Mais ma belle-mère avait une mauvaise intuition et elle était convaincue qu’il était arrivé quelque chose à Gaétan. Quelque chose de grave. Peut-être aussi grave que ce qui était arrivé à Gilles, le mari de Gisèle.
Vers minuit, le constable a rappelé ma belle-mère pour lui dire qu’une patrouille avait trouvé le truck à Gaétan dans le parking du IGA. Gaétan n’était pas dedans. Tout ce qu’ils avaient trouvé, c’est une boîte de trous de beignes et une king can vide de Black Label dans la boîte du pick-up. Les polices ont fait le tour du quartier mais n’ont pas trouvé Gaétan. Là, ma belle-mère a appelé tous leurs amis au renfort. «Il doit s’être endormi dans un banc de neige comme le mari de Josée v’là deux ans. Il va mourir gelé là, il fait -25», Gisèle a dit. Ma belle-mère, paniquée, a organisé une battue. Elle a donné rendez-vous à tout le monde juste en haut de la coulée proche du IGA. Elle allait emmener le chien, un berger allemand. Gaétan disait qu’il l’avait dressé pour le pistage. Le chien allait trouver Gaétan, elle était certaine de ça.
Vers 1h15, ma belle-mère était prête. Sauf que le chien ne voulait pas sortir de la maison. Il se promenait partout en jappant pis en chignant et il a pissé devant la porte de la chambre. Ma belle-mère est arrivée à la battue pas de chien. Son amie Gisèle, elle, avait emmené du café de chez Dunkin pour tout le monde. Vers 1h30, la battue a débuté. Tout le village a cherché mon beau-père jusqu’à 3 heures du matin. Même les filles du rang 2, qui avaient entendu qu’on cherchait Gaétan, s’y sont mis après leur shift. Mais on ne trouvait aucune trace de mon beau-père.
Ma belle-mère était dans tous ses états et braillait sans discontinuer en répétant à Gisèle que Gaétan était allé trouver Gilles au ciel. Vers 4 heures du matin, Gisèle et les autres amies de femmes de ma belle-mère l’ont convaincue d’aller dormir un peu. Quand elle est arrivé chez elle, le chien était couché devant la porte de la chambre. Ma belle-mère est descendue pour l’attacher dans la cour. Elle était fâchée contre lui. Il était supposé trouver Gaétan, pas pisser dans la maison. Après, elle est allée se coucher sans se démaquiller. Ma belle-mère s’est étendue dans le lit par dessus les couvertes. Et elle a entendu un bruit bizarre. Il y avait quelqu’un dans la maison. «J’ai dû oublier de barrer la porte pis l’innocent de chien a laissé rentrer un voleur.» Ma belle-mère a pris peur et s’est redressée d’un coup, prête à assommer l’intrus avec le cadran. C’est là qu’elle a vu les bottes de ski doo de Gaétan qui dépassaient au bout du lit. Il s’était vautré là en essayant de les enlever, dans un espace à peu près large comme une boîte à souliers, entre le sommier et le mur de la chambre. Incapable de se relever, il avait décidé de faire un petit somme pour reprendre ses sens et dormait là depuis 6 heures le soir.
«Crisse de soûlon.» C’est ça que ma belle-mère a dit en allant se coucher en beau fusil dans la chambre d’invités.









