La vérité sur Christine B.

 

Le monde a la langue sale.

                         − Ma mère. 

 

Mesdames, l’autre jour j’ai téléphoné à madame Bouchard pour avoir des nouvelles de Christine. Je voulais savoir si c’était vrai que Christine s’est fait aller autour d’un poteau pour se payer un aller-simple vers Berlin.

Au téléphone, madame Bouchard n’était pas contente. C’est parce que, selon elle, je suis l’une des bourges qui a entrainé sa fille sur la mauvaise voie. «Christine, elle a tout fait ça pour impressionner les petites pisseuses de l’école privée» a dit madame Bouchard en raccrochant. C’est vrai qu’elle nous impressionnait ben gros Christine Bouchard. On lui enviait toutes sa chevelure blonde-blanche et ses yeux beurrés au eye-liner. Elle ajoutait des brillants dessus en plus. Sur la ligne d’eye-liner je veux dire.

Avec les autres filles, on était certaines que Christine était à la tête d’un cartel. Le cartel du rang 4. Vous le savez, Christine prenait de la mess avec le petit Steeve. Et ça nous impressionnait encore plus que le reste. Parce que nous autres on était trop pisseuses pour prendre de la mess. C’est ce que disait Christine en tout cas. Mais une fois, elle est arrivée à l’école avec un petit sac de poudre blanche. Elle voulait nous faire essayer. Nous autres, on était mortes de peur, nos mères disaient que le PCP, c’était du poison pour les chevaux. Mais on a quand même toutes plongé la paille dans le petit sac pour en sniffer un peu, et on a fait semblant d’être gelées. Ça faisait rien pantoute la mess que j’ai pensé. C’est seulement 2 jours plus tard que Christine nous a avoué, d’un air méprisant, qu’elle nous avait fait sniffer de la farine mélangée avec de la petite vache. Après, on ne lui a plus vraiment reparlé à Christine. Elle nous tombait sur les nerfs à parler tout le temps de Christiane F. en posant avec ses bottes de cowboy.

Madame Bouchard n’a pas voulu me parler de Christine au téléphone. Mais elle m’a donné son numéro. Je lui ai téléphoné tout de suite après avoir raccroché avec sa mère. Au début, elle a fait semblant de ne pas se souvenir de moi. Moi, je trouvais qu’elle avait la même voix que sa mère. On a parlé au moins un quart d’heure avant que je me décide à lui demander ce qu’elle avait fait de sa vie après avoir pris l’autobus. Elle a ri, puis elle m’a raconté comment elle n’a pas aimé la grande ville. «Ça pue».

Je le sais, vous voulez savoir si Christine a bel et bien tourné autours d’un poteau. Oui, mais pas longtemps. Parce qu’elle est tombée amoureuse d’un client régulier du bar de danseuses où elle travaillait. Au bout de deux semaines. Ça fait qu’elle a arrêté de danser. De toute façon, elle haïssait ça. «Les hommes sont pas propres sur eux» qu’elle dit. Aujourd’hui, elle habite en banlieue et elle est femme au foyer. Elle aime mieux les biographies de vedettes que les histoires d’ados droguées. Elle n’est jamais allée à Berlin de sa vie, mais elle s’est fait poser des faux seins.

C’est ça qui est ça.

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5 réflexions sur “La vérité sur Christine B.

  1. Bonne nouvelle ! Toujours mieux de vivre en banlieue avec de faux seins que de tourner autour d’un poteau devant une porcherie malodorante. Non ?

  2. Génial.
    Vous écrivez bien, Madame Chose.
    Je suis certain de ne pas être le seul homme parmi les dames qui vous lisent régulièrement.

  3. Ping : Madame Chose et son sympathique blog | salade de nouilles

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