Alice et Lucie

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Une fille, c’est de même. 

                        – ma mère

 

Mesdames, soyons honnêtes. Nous jalousons souvent nos amies. Nos amies de femmes, je veux dire.

Ça me fait penser à Alice et à Lucie. Lucie, c’était la reine du secondaire deux. Et Alice c’était son amie. Toutes les filles voulaient être comme Lucie. Et tous les garçons de l’école voulaient sortir avec. Même les plus vieux.

Lucie avait pas mal de seins pour son âge. Mais elle était un peu toutoune. La grande soeur d’Alice lui a dit que c’était juste à cause de ça qu’elle avait les plus gros seins du secondaire deux. Elle a aussi dit à Alice de ne pas s’en faire: le derrière de Lucie deviendrait plus large que la remise d’ici deux ans. Garanti. La soeur d’Alice avait la langue sale, des fois.

Lucie sortait avec Jonathan. Alice était ben impressionnée parce que c’était un gars de secondaire cinq. La rumeur disait que son père était sur le b.s. et que Jonathan n’avait jamais connu sa mère. On racontait que c’était une danseuse de Rouyn qui s’était poussée avec un motard quand Jonathan avait quatre jours. Alice ne savait pas si c’était vrai, mais c’était assez pour qu’elle veuille voler Jonathan à Lucie. Ça sera pas difficile, qu’elle pensait. Alice aimait les mauvais garçons et ils le lui rendaient bien.

Ça fait qu’Alice a attendu son heure en rêvant à Jonathan. Un midi, elle a même gravé leurs initiales sur un arbre derrière l’école. Un gros A+J taillé avec le bout de son porte-clé. Quand Lucie a vu l’arbre, Alice lui a raconté que c’était les filles de secondaire cinq qui avaient fait ça pour mettre la chicane. Lucie l’a cru. C’était une bonne personne, Lucie. Elle ne pensait pas à mal.

Avec Lucie, Alice est allée chez Jonathan un après-midi après l’école. Jonathan n’avait pas de chambre à lui. Il dormait dans le salon sur un hide-a-bed, avec une couverte de tigre à la place des rideaux. La couverte servait pas à grand chose. La bay window était tellement sale qu’on ne voyait pas au travers. Ça doit être vrai pour le b.s., pensait Alice en traçant son nom dans la crasse.

Jonathan a invité les filles dans la chambre de son père. Le père de Jonathan devait vendre de la drogue. Alice en était presque certaine. Il y avait une pipe à hasch sur la commode et une grosse palette de 20 piastres dans le premier tiroir. Alice l’a vu quand Jonathan a ouvert le tiroir pour chercher du feu. Il y avait des posters de Samantha Fox sur les murs de la chambre. Les pères qui ont de l’allure gardent leurs posters de Samantha Fox dans le garage, s’est dit Alice. Il vendait de la drogue, c’est sûr.

Lucie n’a pas voulu rester longtemps chez Jonathan. Au bout d’une heure, elle a demandé à Alice si ça lui tentait d’aller au centre d’achat finalement. Les seins de Samantha devaient la mettre mal à l’aise. Mais pas Alice. Elle trouvait même qu’ils ressemblaient un peu aux siens. En plus gros. Alice n’a pas voulu aller au centre d’achat. Et elle se rappelle encore du regard furieux que lui a jeté Lucie en partant.

Quand elle a été certaine que Lucie ne reviendrait pas chez Jonathan, Alice a déboutonné le premier bouton de son chandail. Pour l’aguicher, qu’elle m’a dit. Ses seins étaient plus petits que ceux de Lucie mais ça irait. Le reste, elle a jamais voulu me le raconter. Tout ce que je sais, c’est que Lucie et Alice ne se sont plus jamais reparlé après ça. Alice, elle, n’a pas sorti longtemps avec Jonathan. C’était juste un b.s. et Alice avait d’autres ambitions.

L’autre jour, j’ai rencontré Alice au restaurant. J’étais avec mon délicieux mari. Alice a toujours eu un faible pour lui. Je ne peux pas lui en vouloir, il a du charme mon mari. Mais ce n’est pas un mauvais garçon. Une chance pour moi.

Bonbons au toffee

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Mesdames, ma mère avait la dent sucrée. Et elle accueillait toujours la visite avec des bonbons au toffee. C’est le dimanche matin que ma mère préparait ses bonbons. Je m’en rappelle parce que nous n’avions pas le droit de nous approcher de la cuisinière ce jour-là. C’est parce que ma mère avait peur qu’on se brûle. C’est chaud le toffee quand ça cuit.

*

 Ingrédients 

6 tasses de cassonade dorée

1/2 lb de beurre

1 boîte de lait eagle

1 litre de sirop de maïs

Préparation

Dans un chaudron à fond épais, faire fondre le beurre;

Ajouter la cassonade et le sirop de maïs;

Cuire à feu doux (Mesdames, ne quittez jamais le chaudron des yeux parce que vos bonbons peuvent très vite tourner au désastre.);

Garder un verre d’eau froide à côté du chaudron. Pendant la cuisson, verser quelques goutte dans le verre. Lorsque les gouttes cristallisent dans l’eau froide, c’est signe qu’il faut enlever la préparation du feu;

Ajouter la boîte de lait eagle et brasser jusqu’à ce que le mélange devienne tiède;

Verser sur une plaque à biscuits beurrée;

Tailler en petits cubes avant que les bonbons durcissent.

Spaghetti tunisien du Saguenay

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Mesdames, je n’ai jamais compris comment le spaghetti tunisien est devenu un plat emblématique du Saguenay-Lac-St-Jean. Parce que, avouons-le, passé le parc des Laurentides, personne ne semble connaître ce mets délicieux. Je pense que c’est une voisine de ma mère qui lui a appris comment préparer le spaghetti tunisien un soir de mai. Et, pour une fois, mon père a aimé une nouvelle recette.

*

Ingrédients 

(Pour 4 à 6 personnes)

Une boîte de spaghetti no 4

4 c. à soupe de pâte de tomates

1 c. à soupe de sauce Harissa

4-5 c. à soupe d’huile d’olive

4-5 gousses d’ail hachées

2 grosses tomates coupées en petits cubes

1 barquette de champignons de Paris tranchés minces

1 botte d’oignons verts hachés

Fromage Jarlsberg râpé finement

1 c. à thé de sel

Préparation

Dans une grosse casserole remplie d’eau, faire cuire les pâtes;

Réserver;

Dans une grande poêle et à feu doux, faire chauffer l’huile d’olive;

Ajouter l’ail et faites revenir un peu (Mesdames, attention à ne pas faire roussir l’ail.)

Ajouter la pâte de tomates, la sauce harissa et le sel;

Brasser afin d’obtenir une pâte homogène et poursuivre la cuisson 1 minute (Ajouter un peu d’huile d’olive et de sel au besoin);

Augmenter le feu et ajouter les pâtes;

Faire sauter les pâtes une ou deux minutes;

Dresser les pâtes dans une assiette et garnir de tomates, de champignons, d’oignons verts et de fromage.

* Mesdames, vous pouvez servir le spaghetti tunisien accompagné de saucisses merguez grillées.

Paulette

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Mesdames, je vous ai déjà dit pour mes deux enfants. Vous le savez maintenant. Et vous savez aussi que je suis une louve, pas une pondeuse. C’est pourquoi je ne peux pas m’empêcher de sourciller lorsque je vous vois materner sans relâche et tenir la maisonnée à bout de bras. Parce que mesdames, des enfants et une maison, c’est bien plaisant, mais il n’y a pas que ça dans la vie. Et celles qui misent tout sur leur progéniture risquent d’être amères quand celle-ci quittera le nid et que la maison ne se salira plus aussi rapidement.

Ça me fait penser à Paulette, une des tantes de ma mère. Paulette a eu huit enfants. Là-dessus, elle en a perdu trois. Un en bas âge, emporté par la méningite. Et deux à la naissance, des jumeaux morts-nés. «C’est normal que le bon Dieu se garde des enfants pour lui. C’est pour se faire des anges». C’est ce que ma grand-mère disait à Paulette, pour la consoler.

Paulette, c’était la fierté de la famille. Ma grand-mère disait tout le temps que c’était ça, une vraie «accoucheuse». Souvent, elle nous racontait comment le petit dernier de Paulette était venu au monde pendant qu’elle mettait une brassée à sécher.

Paulette tenait maison comme personne. Chez elle, on pouvait manger sur le plancher. Elle aimait ça, se tenir occupée, Paulette. Tellement qu’en plus de s’occuper de la maison, des enfants et de son mari, elle donnait des cours d’économie familiale aux jeunes mariées trois soirs par semaine.

Les cours de Paulette embêtaient beaucoup Tancrède, son mari. Il trouvait qu’elle exagérait. Tancrède aurait voulu pouvoir emmener les enfants piqueniquer le dimanche ou passer ses soirées à écouter la radio avec sa femme. Mais Paulette avait toujours quelque chose à faire. Elle faisait tout ça pour eux qu’elle disait.

L’angoisse s’est emparé de Paulette un jour de printemps. Ses enfants étaient tous partis de la maison pour faire leur vie. Tancrède non plus n’était pas à la maison cet après-midi là. Depuis un bout, il s’inscrivait dans des ligues de n’importe quoi. Pour passer le temps.

Paulette n’avait plus d’amie de femme. C’est parce qu’elle était toujours en train de leur expliquer comment mieux faire ceci ou cela.  Les femmes du voisinage s’étaient mises à la trouver fatigante, à la longue. Son mari aussi. Il trouvait que Paulette pétait plus haut que le trou avec ses affaires de madame au foyer. Paulette a même réussi à se pogner avec ma grand-mère une fois. À cause d’une histoire de pâte à tarte.

Toujours est-il que Paulette se trouvait bien seule dans sa maison plus propre que propre ce jour-là. Et elle regrettait l’époque où elle se sentait indispensable. Même l’économie familiale n’était plus à la mode. Ça faisait longtemps que les jeunes mariées avaient déserté ses cours. C’était à cause de la maudite télévision. Elle en était certaine. Et elle trouvait ça vraiment dommage, Paulette. Parce que savoir tenir maison, c’était ce qu’il y avait de plus important pour elle.

C’était pareil pour une des filles de Paulette, Guylaine, qui a téléphoné dans l’après-midi pour savoir comment faire partir des taches de gazon sur des bas blancs. Les fils de Guylaine jouaient au soccer. C’est encore plus salaud que le baseball, ce sport-là. En parlant avec Paulette, Guylaine s’est mise à se plaindre. Elle n’avait jamais de temps pour rien. Parce que tout son temps elle le passait à astiquer la maison, à laver le linge et à faire le taxi. Paulette a soupiré et a murmuré : «Prends-toi donc une femme de ménage, bonne Sainte-Anne.»

Flotteur

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Mesdames, voici un cocktail parfait pour célébrer le printemps.

*

Ingrédients

Vodka glacée

Sorbet aux framboises (J’utilise le sorbet les Givrés. Parce qu’il est divin et qu’il a un goût de framboises sauvages.)

Framboises fraîches

Préparation

Dans un verre, verser 2 onces de vodka glacée (Comme toujours mesdames, utilisez une vodka de qualité.);

Ajouter 2 c. à thé de sorbet;

Garnir de framboises fraîches.

*Savourer avec une cuillère.

Les régimes

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Mesdames, vous me faites rire avec vos régimes. Et quand je vous vois manger votre hamburger-frites avec un coke diète, j’aurais envie de vous dire que le coke diète n’a jamais fait maigrir personne.

Ça me fait penser à Raymond, le mari de Gemma. L’année de ses 55 ans, son médecin de famille lui a dit qu’il devait perdre 20 livres s’il voulait passer l’hiver. «C’est à cause de votre cholestérol.» Le docteur lui a donné des pilules pour faire baisser son cholestérol et lui a ordonné d’arrêter la boisson. Raymond devait aussi dire adieu aux hot-dog steamés et aux deux-oeufs-bacon que lui préparait Gemma à tous les matins.

Raymond n’était pas content. Et Gemma ne faisait rien pour lui arranger l’humeur. Quand Raymond lui a raconté pour son cholestérol, elle a jeté toutes les patates chips pis les gâteau Vachon. Ensuite, elle a filé à l’épicerie. Quand elle est revenue, elle a rempli la dépense de boîtes de Nutribars et le frigidaire d’affaires pas mangeables. C’est là qu’elle a expliqué à Raymond qu’il se nourrirait de crème Budwig le matin et des Nutribars le reste du temps.

Le lendemain, Raymond a commencé son nouveau régime. Il a trouvé que la crème Budwig goûtait le diable pis que ça bourrait pas. À onze heures, il s’est mis à avoir soif. ll s’est rappelé qu’il lui restait une petite douze dans le frigidaire du garage. Il a mis son manteau, caché trois Nutribars dans ses poches et marché jusque-là en sifflotant. Rendu dans le garage, il a sifflé trois petites bières et a mangé les Nutribars. Après, il a pris deux pilules contre le cholestérol. Une pilule pour annuler la bière et une pour annuler les deux Nutribars en trop.

C’est pas si pire, être au régime, qu’il s’est dit.

Pour soigner un mal de tête

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Mesdames, matante Rosa, la soeur de Gemma, a une santé fragile. Dans la famille, tout le monde sait ça. Mais ma mère dit que Rosa est menteuse, qu’elle fait semblant d’être malade pour se sauver de l’ouvrage. C’est vrai qu’elle n’est pas bien bien vaillante, Rosa.

Matante Rosa a été déclarée invalide à l’âge de 21 ans. C’est ce qu’elle raconte en tout cas. Il parait qu’elle a eu la tuberculose et qu’elle a été dans un sanatorium pour mourir.

Là-bas, Rosa n’est pas morte. Ma mère murmure que c’est à cause du docteur Longchamp. Elle voulait se marier avec, matante. Et les docteurs n’épousent pas des tuberculeuses. Parce que c’est contagieux cette affaire-là. Rosa, elle, dit que c’est à force de prier Saint Jean de Dieu qu’elle s’est guérie, mais que sa santé n’est jamais revenue. Comme avant je veux dire. Rosa n’a jamais pu se marier avec le docteur ni travailler à cause de ça.

Matante Rosa prétend qu’à cause de son ancienne tuberculose, elle a mal à la tête tout le temps. Dans la famille, personne comprend. La tuberculose, c’est dans les poumons me semble.

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Pour faire partir le mal de tête, ébouillanter des feuilles de thé et les étendre sur le front de l’indisposé.

Pot-en-pot des Îles-de-la-Madeleine

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Photographie, diapositive sur verre
Bateaux de pêche, Îles-de-la-Madeleine, QC, vers 1930
Anonyme - Anonymous
Vers 1930, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.33
© Musée McCord

Mesdames, ma grand-mère, vous le savez, faisait partie des filles d’Isabelle. Pendant que leurs maris jouaient aux cartes, elle et ses amies de femmes se dévouaient aux bonnes œuvres et à l’art culinaire.

Une année, une étrangère, une vraie, s’est jointe aux filles d’Isabelle. Elle venait des Îles-de-la-Madeleine, c’est-à-dire du bout du monde pour les femmes de la paroisse. La fille des Îles s’appelait Bérangère et parlait drôle. Tellement drôle qu’aucune fille d’Isabelle ne comprenait ce qu’elle disait. Sauf ma grand-mère, qui avait une cousine au Nouveau-Brunswick. Elle était habituée aux accents, ma grand-mère. Et elle a convaincu ses amies de femmes d’inclure Bérangère parmi elles. «Parce qu’ils font du bon manger pis que c’est des bonnes personnes, les gens des Îles.»

*

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Ingrédients (pâte)

4 tasses de farine blanche non blanchie

8 c. à thé de poudre à pâte

2 c. à thé de sel

1 c. à thé et demie de moutarde sèche

2 c. à thé de persil

2/3 t de graisse

1 3/4 t de lait

Ingrédients (préparation aux fruits de mer)

1 tasse d’eau

2 tasses de patates coupées en dés

1 lb de petits pétoncles

1 lb de homard en morceaux

1 lb de petites crevettes

1 tasse de céleri en petits dés

1 tasse d’oignons hachés finement

1 carotte râpée

1/4 tasse d’oignons verts ciselés

1 c. à thé d’épices à poisson

1 tasse de lait

1 tasse de crème à cuisson

1/3 tasse de beurre

4 c. à table de fécule de maïs

Sel et poivre

Préparation (pâte)

Mélanger les ingrédients secs;

Ajouter la graisse et le lait;

Mélanger;

Avec un rouleau, abaisser la pâte et recouvrir le fond d’une casserole allant au four (Attention mesdames, il faut vous garder une abaisse pour le dessus.)

Préparation (préparation aux fruits de mer)

Dans une grande casserole, verser l’eau, les patates, les pétoncles, le homard, les crevettes, l’oignon, le céleri, les oignons verts, la carotte et les épices à fruits de mer;

Faire bouillir cette préparation de 10 à 15 minutes;

Ajouter le lait, la crème et le beurre;

Brasser;

Dans un verre, délayer la fécule de maïs dans un peu d’eau et l’ajouter à la préparation aux fruits de mer;

Brasser;

Verser la préparation dans l’abaisse;

Badigeonner les rebords de l’abaisse avec du lait et déposer la deuxième abaisse sur le dessus en s’assurant que les rebords sont bien collés;

Avec une fourchette, faire des trous sur l’abaisse du dessus de façon à ce que la vapeur puisse s’échapper pendant la cuisson;

Cuire à 350 F jusqu’à ce que la pâte soit bien dorée.

La vérité sur Christine B.

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Le monde a la langue sale.

                         − Ma mère. 

 

Mesdames, l’autre jour j’ai téléphoné à madame Bouchard pour avoir des nouvelles de Christine. Je voulais savoir si c’était vrai que Christine s’est fait aller autour d’un poteau pour se payer un aller-simple vers Berlin.

Au téléphone, madame Bouchard n’était pas contente. C’est parce que, selon elle, je suis l’une des bourges qui a entrainé sa fille sur la mauvaise voie. «Christine, elle a tout fait ça pour impressionner les petites pisseuses de l’école privée» a dit madame Bouchard en raccrochant. C’est vrai qu’elle nous impressionnait ben gros Christine Bouchard. On lui enviait toutes sa chevelure blonde-blanche et ses yeux beurrés au eye-liner. Elle ajoutait des brillants dessus en plus. Sur la ligne d’eye-liner je veux dire.

Avec les autres filles, on était certaines que Christine était à la tête d’un cartel. Le cartel du rang 4. Vous le savez, Christine prenait de la mess avec le petit Steeve. Et ça nous impressionnait encore plus que le reste. Parce que nous autres on était trop pisseuses pour prendre de la mess. C’est ce que disait Christine en tout cas. Mais une fois, elle est arrivée à l’école avec un petit sac de poudre blanche. Elle voulait nous faire essayer. Nous autres, on était mortes de peur, nos mères disaient que le PCP, c’était du poison pour les chevaux. Mais on a quand même toutes plongé la paille dans le petit sac pour en sniffer un peu, et on a fait semblant d’être gelées. Ça faisait rien pantoute la mess que j’ai pensé. C’est seulement 2 jours plus tard que Christine nous a avoué, d’un air méprisant, qu’elle nous avait fait sniffer de la farine mélangée avec de la petite vache. Après, on ne lui a plus vraiment reparlé à Christine. Elle nous tombait sur les nerfs à parler tout le temps de Christiane F. en posant avec ses bottes de cowboy.

Madame Bouchard n’a pas voulu me parler de Christine au téléphone. Mais elle m’a donné son numéro. Je lui ai téléphoné tout de suite après avoir raccroché avec sa mère. Au début, elle a fait semblant de ne pas se souvenir de moi. Moi, je trouvais qu’elle avait la même voix que sa mère. On a parlé au moins un quart d’heure avant que je me décide à lui demander ce qu’elle avait fait de sa vie après avoir pris l’autobus. Elle a ri, puis elle m’a raconté comment elle n’a pas aimé la grande ville. «Ça pue».

Je le sais, vous voulez savoir si Christine a bel et bien tourné autours d’un poteau. Oui, mais pas longtemps. Parce qu’elle est tombée amoureuse d’un client régulier du bar de danseuses où elle travaillait. Au bout de deux semaines. Ça fait qu’elle a arrêté de danser. De toute façon, elle haïssait ça. «Les hommes sont pas propres sur eux» qu’elle dit. Aujourd’hui, elle habite en banlieue et elle est femme au foyer. Elle aime mieux les biographies de vedettes que les histoires d’ados droguées. Elle n’est jamais allée à Berlin de sa vie, mais elle s’est fait poser des faux seins.

C’est ça qui est ça.

Poutine râpée

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Mesdames, Sylvie, une petite cousine de ma mère, venait nous visiter chaque été. Elle restait toujours deux semaines. Parce qu’elle habitait loin, Sylvie, et que la route depuis Moncton était longue.

Pour ma mère, le Nouveau-Brunswick c’était un autre pays. Surtout qu’il y a pas mal d’Anglais dans ce coin là. Je vous l’ai déjà dit, ma mère n’aime pas les Anglais. Oh elle vous jurerait que non. Est pas raciste ma mère qu’elle dit. Mais juste à lui voir l’air quand elle a appris que Sylvie allait marier un Anglais, on comprenait.

Moi, j’aimais ça quand Sylvie venait faire son tour. Elle nous préparait toujours sa fameuse poutine râpée. La première fois qu’elle en a préparé, mon père a dit que ça ressemblait à des vieux kleenex mouillés. Mais il en a repris deux assiettes. C’est parce que c’est bon la poutine râpée même si ça l’air dégueulasse.

*

Ingrédients 

1/2 livre de lard salé entrelardé

10 patates râpées finement

4 patates pour faire une purée

Sel et poivre

Préparation

Couper le lard salé en dés;

Faire une purée avec 4 patates;

Pendant ce temps, râper très finement les 10 patates (Mesdames attention, il faut extraire l’eau des patates râpées en les pressant dans un linge à vaisselle propre. C’est très important.);

Mélanger les patates râpées avec les patates en purée;

Saler et poivrer;

Façonner le mélange de patates en plusieurs boules de la grosseur d’une balle de tennis (Les boules, c’est ça qu’on appelle les poutines);

Faire un trou dans le centre avec le doigt et y insérer une c. à soupe de lard;

Refermer bien les poutines et enfariner-les légèrement;

Déposer délicatement deux ou trois poutines dans un grand chaudron d’eau bouillante salée;

Laisser mijoter 2-3 heures (Ici, c’est important d’avoir une eau en constante ébullition.).

Savourer les poutines chaudes en plat principal avec du sel et du poivre. Vous pouvez aussi en faire un dessert en les servant avec du sucre et de la mélasse.

* Variante : À Chiticamp, on fait une grosse poutine à la râpure qu’on appelle cochon en sac.  Aux patates râpées, on ajoute du sel, de la poudre à pâte et de la farine et on fait cuire les poutines à la vapeur dans un grand sac de coton. C’est délicieux.

** Madame Chose remercie Sylvie Desrosiers, qui a eu la gentillesse de partager sa recette avec nous.

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